Scène 1 :

Partie 1 :


J’ai navigué toute ma vie et j’ai jamais été marin !

J’aimais trop la terre !

J’étais pêcheur pour gagner ma vie, et pas pour courir l’aventure.


Pourquoi l’Islande ? Parce qu’elle donnait rien, la terre. Et puis on voulait pas passer pour des paresseux.


    J’avais 14 ans, j’étais l’aîné. Pour ma première campagne, en 1909, j’ai suivi mon père sur le « Bettina » – une goélette d’une trentaine de mètres de long. Ça paraît bien grand quand t’es qu’un p’tit bout d’homme. C’est deux mâts qui n’en finissent pas, et toi qu’as pas fini d’grandir.  J’avais peur, j’avais l’cafard de la maison, j’avais froid, j’dormais pas bien. Il fallait avoir besoin de gagner son pain ! Et encore, les deux premières campagnes, j’avais mon père.


    Oui, 14 ans et j’suis parti, j’savais où j’allais, parce que j’écoutais tout chez moi, j’écoutais mon père. C’était à table qu’y parlait le plus, assis toujours à la même place, là, face à la fenêtre, des fois que quelqu'un ou quelque chose passerait. N’empêche que la place, elle restait vide six mois de l’année. Et après, c’était celle du fils qui restait vide, pareil. Et puis celle du deuxième, vide, pareil. Et du troisième, pareil. Et même que des fois, y’avait des maisons où la mère elle se retrouvait seule avec sa soupe, face à la fenêtre, des fois que… Ici on parlait que d’Islande dans les maisons, c’est pour ça que j’avais peur. Tous les hommes étaient pêcheurs, y’avait que ça pour vivre, on les appelait les Islandais.

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